se laisser porter porter pour se reconstruire

Se laisser porter pour se (re)construire

Comme la plupart d’entre nous, j’ai longtemps cru que traverser les périodes difficiles demandait davantage de volonté. Tenir plus fort, réfléchir davantage, faire plus.

Puis j’ai découvert une autre manière.

Apprendre à se laisser porter.

Une idée qu’Ève Berger transmet, et que j’ai moi-même commencé à comprendre plus profondément ces derniers mois, en accompagnant ma mère atteinte de démence.

J’ai aussi observé cette capacité à se laisser porter auprès de plusieurs femmes traversant des transitions de vie.

Pourquoi certaines périodes de vie demandent davantage qu’un effort supplémentaire

Je pense à Marie. Elle est arrivée à la première séance épuisée. Un mot sur son travail suffisait, et les larmes montaient immédiatement. Elle tenait depuis longtemps. Trop longtemps. Comme beaucoup d’entre nous, elle essayait de résoudre son épuisement en faisant davantage : mieux s’organiser, réfléchir plus, trouver rapidement une solution. 

Comment apprendre à se laisser porter lorsque tout devient difficile

Entre les séances, elle a commencé à marcher dans la nature. Lentement. Sans objectif particulier. Elle écoutait les sons autour d’elle, le vent dans les arbres, ses pas sur le sol. Elle respirait.

Elle se laissait porter par son environnement. 

Le corps peut-il aider à traverser une transition de vie ?

Pendant les séances, nous travaillions aussi sur table. Dans mon approche manuelle, en m’adressant aux fascias, je vois souvent apparaître quelque chose de précieux : lorsque le corps trouve davantage d’appuis, il cesse progressivement de tout porter seul.

Le sol porte.

La terre porte.

Le corps aussi.

Son architecture vivante répartit les contraintes, absorbe les forces et soutient le mouvement. Le modèle de biotenségrité nous rappelle que le vivant ne fonctionne pas uniquement par maintien ou rigidité, mais aussi grâce à des équilibres subtils d’adaptation, de soutien et de répartition des forces.

Au fil des séances, quelque chose en elle cessait progressivement de lutter.

Le point d’appui : ce temps invisible où le vivant se réorganise

 Rien n’était encore réglé. Son travail était toujours là. Les difficultés aussi. Pourtant, elle revenait différente. Plus apaisée. Plus présente. Elle me disait surtout se sentir plus vivante. Comme si quelque chose en elle recommençait doucement à respirer.

 Lorsque nous cessons momentanément de vouloir tout contrôler, quelque chose peut commencer à se réorganiser. Pas immédiatement. Pas en ligne droite. Comme la terre prépare silencieusement le printemps.

Dans le tempo du vivant (dont je parle plus en détail ici : Le tempo du vivant : écouter le corps pour agir au moment juste), il existe ce moment particulier que j’appelle le point d’appui. Ce temps souvent inconfortable où quelque chose travaille sans encore se voir. Nous ne sommes plus tout à fait comme avant, mais pas encore complètement devenus ce qui cherche à émerger.

 

L’assomption : quand quelque chose devient prêt à être habité autrement

Puis vient parfois l’assomption. Ce moment où quelque chose devient suffisamment mûr pour être assumé. Une manière plus juste d’habiter sa vie. Plus fidèle. Plus vivante. Comme si ce qui cherchait depuis longtemps à émerger trouvait enfin sa place.

Parce que parfois, se (re)construire ne demande pas davantage d’efforts.

Cela demande d’apprendre à se laisser porter.

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